09 janvier 2007

Trop tard

Il y a de la méchanceté en moi, elle vient des gènes, elle vient de grand'mère. Sans doute, s'accrochant à sa misère humaine, à ses rances perversions, s'est-elle tenue longtemps en vie pour le plaisir de nous savoir vainement l'attendre crever. Tu n'auras pas eu ce plaisir, mamie. Ce n'est que maintenant que je souhaite ta mort – trop tard.

Et, tu sais, pour mieux te faire souffrir, je vais te pardonner.
Car en réalité je n'arrive pas à t'en vouloir tout à fait.

Mais je voudrais.

Posté par katar à 15:48 - Commentaires [13] - Permalien [#]


Commentaires sur Trop tard

    Une ambivalence d'ampleur!

    Posté par reevolution, 09 janvier 2007 à 17:03 | | Répondre
  • Pourquoi dire qu'il y a de la méchanceté en toi ? Il n'y en a certainement pas plus que chez les autres.
    Elle ne se passe pas par les gènes, de toute façon.

    Moi, j'ai souhaité la mort de ma grand-mère longtemps... je l'ai attendu longtemps. Et quand elle est venue... je n'ai rien ressenti en dehors d'un vague soulagement.
    Et le pire... c'est que je ne me trouve pas méchante alors que cette femme semble ne m'avoir jamais fait de mal. Mais qui sait...

    Posté par Lliane, 09 janvier 2007 à 20:53 | | Répondre
  • Reevolution : pardonne-moi, j'ai le cerveau au ralenti : quelle ambivalence ?

    Lliane : s'il n'y a en moi pas plus de méchanceté que chez la moyenne des gens, cela signifie qu'il y en a, et j'ai du mal à le supporter. Dans un autre commentaire en réponse à un des tiens, je dis que je ne suis pas un saint. Hé bien parfois je l'accepte mal. Comme là. Si je ne suis pas un saint, je suis un porc, me dis-je parfois.
    Quand ma grand'mère est morte, je n'ai rien ressenti. Mais le sujet me porterait loin, où je ne veux pas aller ce soir. Ce qu'elle fit, sur des décennies, était de pure méchanceté. Méchanceté due à une maladie mentale, si je peux nommer ainsi. Même la considérant malade, je ne peux l'aimer.

    Posté par katar, 10 janvier 2007 à 01:48 | | Répondre
  • Alors là, je ne te suis pas du tout !
    L'homme n'est pas noir ou blanc. Il n'est ni méchant, ni gentil ! Il est un mélange des deux.
    Je suis amoureuse d'un homme qui fut sadique avec moi et qui est un amour aujourd'hui. Et je l'aime pour ce qu'il est, avec ses deux visages. De même que j'ai l'ambition de m'accepter telle que je suis, ni parfaite, ni « nulasse ».
    Et un homme qui ne serait que gentil est non seulement impossible, mais je ne suis pas certaine d'en voir l'intérêt.
    Alors que tu réagisses à la méchanceté de quelqu'un d'autre en te disant que tu ne seras pas comme cet autre... ok... mais ce n'est pas la bonne voie.
    Comme tu le disais, il faut t'accepter dans ton imperfection. C'est là aussi le secret pour que les autres ait moins peur de ta demande d'amour.

    Si tu détestes tellement « ta méchanceté », c’est peut-être que tu te sens coupable de quelque chose ou qu’on t’a « accusé d’être méchant ». Tu raisonnes comme un enfant qui se dit que s’il n’est pas parfaitement gentil, ses parents ne l’aimeront plus.
    Mais tu sais, ce n’est pas en étant parfaitement gentil que tu recevras plus d’amour. N’oublie pas que les saints énervent les gens. La perfection pousse les gens à détruire, car elle les renvoie à leur propre imperfection, ce qu’ils ont du mal, parfois à accepter. Les saints furent souvent des martyrs...

    Tu es sensible... et tu ressens probablement plus les « agressions » ou les « reproches qu’on ne dit pas » que les autres. Méfie-toi de ce que tu ressens. Ta sensibilité est une force tant que tu la domines. Mais si tu la laisses t’envahir et qu’elle t’oblige à te conformer aux désirs des autres et non de toi-même, elle sera du poison.

    Bon, je me laisse un peu « emporter »... et je ne voudrais pas que tu le perçoives comme une « leçon » parce que ce n’en est pas une (d’ailleurs tu as le droit de me dire d’arrêter). C’est juste que je te trouve attachant...

    Posté par Lliane, 10 janvier 2007 à 09:01 | | Répondre
  • Ambivalence de sentiments. La jouissance dans la méchanceté, mais en même temps le dégoût de cette part de toi-même, la haine que tu voues à celle qui t'a fait tellement mal mais en même temps ta difficulté à lui en vouloir vraiment, tiens ça me fait penser à un livre magnifique d'une auteure de chez moi, qui commence par ces mots: "Reste morte ma mère".
    Et comme Lliane, je ne crois pas trop à la transmission génétique de la méchanceté

    Posté par reevolution, 10 janvier 2007 à 09:41 | | Répondre
  • Lliane : Je ne me suis sans doute pas bien exprimé. Je sais bien qu'il n'y a pas d'absolu. Je parlais juste d'une impression que j'ai parfois. Quelqu'un tend la main : tu la prends ou t'éloignes. Selon le cas, si on ne se concentre que sur le geste, pas sur les raisons, tu es le saint ou le porc. Ça ne va guère plus loin.
    Je ne sais pas si j'aimerais quelqu'un de parfait, de complètement gentil non plus, et , de toutes façons, je ne le rencontrerais jamais. Mais tu as parfaitement raison : on ne reçoit pas forcément plus d'amour parce que l'on devient plus gentil. Et cette découverte, que j'ai tendance à trouver injuste, je ne l'ai faite que récemment. Je ne sais pas encore l'appréhender, pas quoi en faire. Ça me susurre, bien insidieusement, que je me suis planté tout ce temps durant.
    Merci beaucoup de me répondre aussi longuement (et je ne dis pas là que c'était trop^long !)

    Reevolution : je ne jouis pas encore de la méchanceté. Et, à vrai dire, je ne ressens pas de haine : je m'entraîne. Je voudrais être complètement dégoûté et passer à autre chose.

    Posté par katar, 10 janvier 2007 à 12:46 | | Répondre
  • Je ne suis pas sûre de comprendre qu’on soit un « saint » ou un « porc » si on ne se concentre que sur le geste (et non les raisons), quand on te tend la main.
    Tu parles de « profiter » de cette main ? Du fait de profiter du geste sans tenir compte de l’autre ?
    En principe, plus on est « gentil », plus on reçoit d’amour. Sauf si on a une personne « déformée » en face. Mais c’est un vaste sujet. Ce n’est pas injuste. C’est juste une histoire de rencontre. La gentillesse ne suffit pas toujours. Il faut aussi correspondre aux attentes ou au besoin de l’autre, ou au moins avoir des envies qui concordent.
    La gentillesse n’est pas une fin en soi. Ce n’est qu’un élément.

    Tu voudrais être dégoûté de quoi ? Et passer à quoi ?
    On ne s’entraîne pas à la haine. C’est comme l’amour : ça vient ou ça ne vient pas. D’ailleurs, la haine est le négatif de l’amour et il est donc le même sentiment recto-verso.

    Posté par Lliane, 10 janvier 2007 à 17:28 | | Répondre
  • Pardon, je n'ai pas été clair (encore une fois. Il me semble passer mon temps à déformer ce que je ne pense que difficilement) : je parlais de la main du nécessiteux.
    Ce n'est qu'en principe, ce n'est qu'idéalement que le gentil reçoit plus d'amour. Cette conclusion, mouvante, qui n'est la mienne que depuis récemment, est empirique. Bref, je peux avoir tort. Et tous les raisonnements ne me convaincront pas du contraire tant que je ne l'aurais vécu. Car j'en souffre.
    Je voudrais être dégoûté complètement de ce que fit, de ce que fut ma grand'mère pour enfin laisser notre histoire derrière. D'ailleurs je ne pense pas que ça marche comme ça, je ne parle (et ne parle jamais dans mes notes) que d'un ressenti.

    Merci de me lire et de me répondre.

    Posté par katar, 10 janvier 2007 à 19:10 | | Répondre
  • Je me suis probablement mal exprimée. Désolée.
    Et je comprends très bien ton besoin de haïr pour arriver à te défaire de quelque chose. Car après la haine vient la résignation, et ensuite seulement on peut tourner la page.

    Posté par reevolution, 10 janvier 2007 à 20:06 | | Répondre
  • Ah mais ! Mais ! c'est moi qui n'étais pas clair.
    Je suis passé trop vite à la résignation, ce doit être ça. J'ai accepté le mal tout de suite, ne me suis pas révolté vraiment, judiciairement seulement.

    Posté par katar, 10 janvier 2007 à 20:09 | | Répondre
  • Nous avons tous besoin d'être "réparés" du mal que l'on nous a fait subir.
    Lorsque nos "tortionnaires" disparaissent avant que nous ayons pu avoir réparation, il reste en nous un grand sentiment de vide, d'impuissance, de colère, de révolte. Nous ne pleurons pas leur disparition, mais quelque part nous la regrettons tout de même, parce qu'encore une fois, c'est eux qui gagnent, et nous restons là, avec notre besoin à jamais insatisfait.

    J'ai opté pour la vision inverse. Prendre la victoire. Le dernier mot, les narguer cette fois-ci. Efface tout ça, ne la laisse pas continuer à te miner même sans être là. Gagne, efface-la qu'elle meurt définitivement.

    Il n'y a rien de pire que l'ignorance. C'est la plus cruelle réponse que tu puisses donner à ce fantôme "l'ignorer".

    Bises

    Posté par Déclik, 11 janvier 2007 à 00:29 | | Répondre
  • La résignation dans le sens où je l'ai utilisé, c'est une forme d'acceptation.
    J'ai l'impression que toi, tu as surtout subi. Tu as subi les décisions de ta grand-mère, subi sa méchanceté, subi en courbant l'échine, sans doute terrassé par l'incompréhension, le chagrin, la douleur.
    Maintenant tu relèves la tête et tu cries ta colère. Tu reprends le pouvoir sur les événements. Ta haine est révolte, mais elle est aussi réveil.
    La résignation, l'acceptation de ce qui est tel quel viendra, quand tu pourras "archiver" cette situation au rang des (mauvais) souvenirs.
    Enfin c'est ma théorie et ce n'est jamais qu'une théorie.

    Posté par reevolution, 11 janvier 2007 à 09:46 | | Répondre
  • Déclik : C'est ce que j'avais commencé, quoique pas vraiment consciemment. Ou alors c'était simplement du déni de ma part. Malheureusement ma grand'mère a su faire les choses en sorte que malgré sa mort régulièrement une petite méchanceté ressort.

    Reevolution : J'ai surtout subi en n'ayant pas conscience de ce qui se faisait. Ses méchancetés et égoïsmes, ses manipulations, nous les avons tant connues qu'elles ne nous apparaissaient pas comme telles, mais comme la normalité. Je n'ai eu une révélation que sur le tard. Je ne lui en veux, définitivement je crois : ce n'est pas à ma portée. Mais j'aimerais tout de même lui dire : "Vois ce que tu as fait, où ça t'a menée. Tu n'es pas aimée ; moi, si."
    Je ne reprends pas contrôle sur les événements, je fais semblant. Judiciairement, mais ça ne changera rien à hier. Quoiqu'il est possible, je ne sais pas, que chaque instant modifie le précédent.

    Merci à toutes.

    Posté par katar, 11 janvier 2007 à 11:01 | | Répondre
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